Petite ode à l'aidante

Sébastienne je voudrais... :


Quand je pense à toi Sébastienne, je vois apparaître sur mon écran mental un mot qui clignote sereinement et durablement ; un mot tout simple apparemment, discret, juste un participe, un presque-adjectif avec lequel un nom a été proposé: celui de « Aidant-e ».

Je ne parle pas ici de ta famille immédiate, dont ton appui et ton amour sont si bien symbolisés par ce pain magnifique fabriqué régulièrement pour tous et toutes.

Non, je t’imagine, car de fait je n’ai jamais pu te voir en situation, seulement avec mon coeur, aider le petit Kevin ou le jeune Adrien dans une classe, chercher à comprendre d’où vient la difficulté de chacun, parfois enfouie, parfois multiple. Pourquoi ce qui est si fluide pour le premier de la classe et pour toi-même est si impénétrable, ici même aujourd’hui pour Kevin, hier pour Adrien, différemment. Par quels trésors d’imagination il va te falloir passer pour ouvrir une brèche vers la lumière de ce qui deviendra un « savoir », pour Kevin comme pour Adrien. Ce que j’ai su, c’est que quand l’heure est venue pour toi de passer à autre chose, les enseignantes en étaient fort tristes et auraient bien voulu te retenir…

C’est alors qu’une nouvelle route t’attendait : l’aide à tes parents. Auxquels je m’identifie assez facilement après mon pépin cardiaque de l’an dernier qui aurait pu m’obliger à être un « aidé » - fort heureusement, le temps de cette épreuve n’est pas encore venu.
Je suis passé à Claret au moment où il y avait urgence pour trouver une solution pour ton papa. Tu étais en pleine recherche d’un lieu d’accueil, toutes antennes dehors pour trouver La bonne voie à suivre. Tu étais magnifique de détermination et de sensibilité. Un peu plus tard, j’apprenais que ta Maman était frappée à son tour.
Là encore, je ne connais pas les détails, mais il m’est simple d’imaginer les trésors d’attention et d’énergie – je te vois parfois encourager tes filles avec douceur et fermeté, tu dois faire de même, toutes proportions gardées, avec tes parents.
Côtoyer la souffrance et la dépendance est une expérience singulière qui doit te confronter au sentiment d’injustice, à tes limites et à ton impuissance, ta propre vulnérabilité ; tout en te demandant de rester vigilante.

Je voulais juste saluer pour ce je te « vois » faire ainsi, dans ces expériences où tu auras fait se rejoindre les deux grands moments de la vie que sont l’enfance et la vieillesse. Chacun a des besoin de soins tout particuliers. Je sais par ton exemple que des personnes peuvent se révéler de formidables aidants.

Je suis heureux d’être un ami désormais proche– après le confinement -, non plus séparé par la distance Paris-Claret. Heureux de pouvoir dialoguer longtemps avec toi, avant le moment où j’aurais peut-être besoin d’un « aidant »

Rassure-toi, autre que toi ;=))





 
Et je suis : Claude Henry